Pour un meilleur paysage audiovisuel en Suisse
Image illustrative en l'absence d'une photo spécifique du débat au festival tessinois. © Locarno Film Festival

Pour un meilleur paysage audiovisuel en Suisse

Adrien Kuenzy 19 novembre 2024

La société allemande Goldmedia, mandatée par l’Office fédéral de la culture, a dévoilé les résultats de son étude sur le soutien public au cinéma, offrant des pistes pour optimiser les structures existantes.

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Quelles sont les forces et les faiblesses du financement du cinéma suisse? Cette question, longtemps débattue dans l’industrie cinématographique, a franchi un nouveau seuil lors du Locarno Film Festival. Les premiers résultats de l’étude «Évolution de l’encouragement du cinéma», commandée par l'Office fédéral de la culture (OFC) à la société allemande Goldmedia, ont été présentés. Fin octobre 2024, l’Office fédéral de la culture (OFC) a enfin publié l’intégralité de cette étude, accessible ici.

Carine Bachmann, directrice de l'OFC, a souligné à Locarno l'importance d'adapter le soutien au cinéma aux évolutions de la création et des habitudes de visionnage. Elle a précisé que l’objectif de cette étude est d’offrir des pistes pour des décisions futures. «Il s'agit d'un état des lieux», a-t-elle affirmé, en soulignant que les recommandations de Goldmedia constituent un point de départ. L'étude a été réalisée avec un comité consultatif composé de représentant·e·s du secteur.

Méthodes et premières conclusions

Juliane Müller, directrice générale de Goldmedia, a expliqué que sa présentation se concentrait sur des recommandations d'action basées sur une analyse comparative du paysage audiovisuel suisse par rapport à celui de pays comme la Belgique, le Danemark, l'Allemagne et l'Autriche. Les chiffres de 2022 sont révélateurs: la Suisse a dépensé nettement moins par film que la Belgique (0,88 million d’euros contre 1,55 million). De plus, la part de marché des films suisses en Suisse est de 5%, contre 14% en Belgique et 30% au Danemark. Le nombre de sorties de films suisses reste également très élevé en Suisse, en deuxième position après l’Allemagne : 97 films (dont 66% de documentaires) en 2022 contre 49 en Belgique et 32 au Danemark. «C’est beaucoup, souligne Juliane Müller, et cela signifie aussi qu’il est plus difficile pour un film suisse de trouver son public.»

“Nous avons observé que la Suisse consacre des ressources égales à la promotion à l’étranger et sur le marché national.”
Juliane Müller, directrice générale de Goldmedia

Forces et faiblesses

L’étude a mis en lumière les forces du système suisse, telles que la nécessité pour chaque projet de prouver sa valeur dans un cadre de production indépendante et les modèles de financement PICS et Succès cinéma jugés efficaces. La stabilité perçue de la Confédération et le soutien régional, comme celui de Cinéforom, sont également considérés comme des atouts, bien que cela reste, évidemment, une question de perception.

Des faiblesses importantes ont aussi été identifiées: un public trop restreint pour justifier la production élevée, diluant les fonds disponibles. Au niveau de l'organisation et de la sélection, le manque de transparence pour certains rejets et les liens personnels entre acteurs du milieu pourraient influencer les décisions. «Le travail en commission est chronophage et ardu, ce qui limite la disponibilité des professionnel·le·s pour de telles échéances, explique Juliane Müller. Une restructuration du processus permettrait de mieux représenter le savoir-faire et les connaissances tout en introduisant des éléments d'objectivité, éventuellement avec la participation d’expert·e·s étrangers.»

La possibilité de déposer une demande deux fois n'est pas non plus toujours perçue positivement. Enfin, les budgets alloués au PICS et au Succès Cinéma sont bien sûr jugés insuffisants. Selon l’étude, il serait judicieux d’augmenter la dotation de PICS, soit dans sa forme actuelle, soit en passant par le Secrétariat d'État à l'économie (SECO), comme l’ont fait les autres pays examinés.

Recommandations

Goldmedia propose plusieurs recommandations. Selon l'expertise de Juliane Müller, il serait profitable de concentrer les subventions afin d'en maximiser l'impact, de renforcer la visibilité des films suisses et de soutenir davantage la production nationale. «Nous avons observé que la Suisse consacre des ressources égales à la promotion à l’étranger et sur le marché national, dit la spécialiste. Pour améliorer la présence des films suisses en Suisse, il serait avantageux d'augmenter les aides à la promotion.» Parallèlement, l’introduction d’incitations pour les salles de cinéma, afin de compenser le risque associé à la diffusion de films suisses, pourrait également s'avérer bénéfique.

Trois scénarios pour l'avenir ont été envisagés : maintenir le système actuel avec quelques ajustements mineurs, mettre en œuvre des réformes progressives nécessitant plus de temps et d'efforts, ou opter pour une transformation radicale du système existant. Les discussions futures entre les institutions et le secteur, ainsi que les résultats complets de l’étude prévus pour cet automne, devraient – espérons-le ! – permettre de déterminer la voie à suivre…

Une analyse en cours

Pour nourrir les premières discussions, un tableau a déjà été proposé pour classer certaines mesures. Un des défis concerne les grandes productions. Une solution envisagée est l’introduction d’un coût de production minimum pour minimiser la concurrence entre films. «En parallèle, nous pourrions éviter que les productions de la relève soient en concurrence directe avec des œuvres de cinéastes établis, en mettant en place un système d’intermédiaires qui valorise la relève dans le cinéma», ajoute Juliane Müller.

Actuellement, les films suisses manquent de visibilité malgré un nombre élevé de productions. Il serait donc pertinent de définir clairement le public cible dès l’écriture du scénario, afin de garantir non seulement la création mais aussi l’exploitation effective des œuvres. «Nous pourrions orienter la filière cinématographique en ciblant des catégories spécifiques telles que la relève et les productions grand public», précise la spécialiste. Pour être éligibles à ces aides, les films devraient remplir des certains critères.

Un long processus…

Et maintenant? L'étude a été publiée intégralement en octobre 2024. L'OFC discutera ensuite des recommandations avec les acteurs du secteur pour préparer les valeurs de référence des régimes d'encouragement du cinéma 2026-2028. Les nouvelles orientations seront présentées en janvier 2025 aux Journées de Soleure, avant une validation finale par le Département fédéral de l'intérieur en 2025. Mais comme l’a rappelé Carine Bachmann à Locarno, il faudra trouver de nouvelles sources de financement, car il est illusoire de penser que les budgets dédiés au cinéma augmenteront massivement dans le contexte actuel : «Malgré les défis, l’OFC reste déterminé à améliorer le soutien au cinéma suisse.»

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