La réflexion ne date pas d’hier. À Nyon déjà, lors de l’édition 2025 de Visions du Réel, Stéphane Morey, secrétaire général de Cinéforom, esquissait des constats d’un déséquilibre croissant dans le financement du cinéma romand. Une analyse qu’il développait ensuite dans notre entretien paru en juillet 2025 (cf. n°552). Au cœur de cette réflexion: la notion d’«effet amplificateur régional», soit la capacité de Cinéforom à renforcer les financements obtenus auprès d’autres partenaires, notamment l’OFC et la SSR. Un rôle historique que la fondation estime aujourd’hui fragilisé, dans un contexte marqué par l’écart grandissant avec la Suisse alémanique et par une pression accrue sur les ressources disponibles.
Un an plus tard, toujours à Nyon, lors de la rencontre annuelle de Cinéforom avec la branche, ces constats se sont traduits en propositions concrètes. Six mesures ont ainsi été présentées, puis mises en consultation auprès des associations professionnelles et des collectivités publiques jusqu’au mois d’octobre, avant une éventuelle entrée en vigueur en 2027.
La première proposition, la plus structurante, vise à rétablir une forme de réciprocité entre régions. Cinéforom constate que certaines sociétés, souvent zurichoises, peuvent accéder aux aides romandes dans des conditions plus souples que celles auxquelles sont confrontés les productrices et producteurs romandes et romands ailleurs en Suisse. « Contrairement à l’idée que beaucoup peuvent se faire, on n’est pas à égalité, on n’est pas vraiment dans la réciprocité. À Cinéforom, on a constaté qu’on est un peu plus ouvert et plus généreux», selon Stéphane Morey. L’idée est donc de réserver le soutien complémentaire à la réalisation aux sociétés établies en Suisse romande, afin de recentrer les moyens sur l’écosystème local.
La fondation souhaite également rééquilibrer son soutien aux courts-métrages, aujourd’hui jugé particulièrement généreux, tant en volume qu’en nombre de projets soutenus. «On finance plus de courts-métrages que les autres: il y a chaque année environ une dizaine de films qui n’ont que notre soutien», observe Stéphane Morey. «On n’est pas en train de plafonner le montant, mais plutôt le nombre de films qu’on va soutenir», précise-t-il. L’objectif affiché est donc moins de baisser les montants accordés que de concentrer les moyens sur un nombre plus restreint de projets, afin qu’ils puissent être produits dans de meilleures conditions.
Autre piste: la suppression de la catégorie Multimédia, jugée aujourd’hui marginale dans le dispositif. «Le constat chez nous, c’est que cette catégorie est peu sollicitée, peu utilisée», indique le secrétaire général, évoquant un «sacrifice» rendu possible par l’existence d’autres sources de financement, notamment du côté de la SSR. Dans le même mouvement, Cinéforom souhaite clarifier le périmètre de l’aide sélective. «Il va falloir rediscuter et modéliser la frontière entre cinéma, télé, multimédia», explique Stéphane Morey.
Dans un souci d’efficacité, la fondation envisage également de supprimer la possibilité de redéposer un projet refusé à l’unanimité. «On a des projets qui reçoivent un 7/0 une fois, une deuxième fois, une troisième fois. On peut s’éviter à toutes et tous cette perte de temps et d’énergie», souligne-t-il, pointant une perte de temps autant pour les porteurs de projets que pour les commissions. Enfin, Cinéforom souhaite encadrer plus strictement l’aide à l’écriture, en exigeant notamment des garanties concrètes sur la rémunération des auteurs. «Demander systématiquement la preuve de paiement aux autrices et auteurs», précise-t-il, afin de s’assurer que ces soutiens bénéficient effectivement au travail d’écriture et ne soient pas conditionnés à d’autres étapes du financement.
Ces propositions ont toutefois suscité des réactions critiques au sein de la branche, révélant les tensions qu’elles soulèvent. Plusieurs interventions ont notamment mis en garde contre les effets d’une logique de réciprocité appliquée de manière stricte dans un système interrégional déjà fragile. «Il faut faire attention, pas qu’on soit aussi puni par l’autre côté», a relevé un participant. D’autres ont exprimé leur inquiétude face à un possible affaiblissement du court-métrage, rappelant son rôle central dans l’écosystème de la création et de la relève. «Le court-métrage, c’est très important, il faut faire attention à ça», a insisté une personne dans la salle, évoquant un secteur déjà marqué par des conditions de production précaires. La question de l’organisation interne de Cinéforom a également été soulevée, un participant s’interrogeant sur la possibilité de réaliser des économies au sein de la structure elle-même. Interrogé sur ce point, Stéphane Morey a rappelé que les frais de fonctionnement représentaient une part limitée du budget et faisaient déjà l’objet d’efforts d’optimisation, tout en soulignant que les marges d’économie restaient faibles au regard des montants nécessaires pour renforcer les soutiens.